COURBEVOIE (Hauts-de-Seine) - Liliane Bettencourt, héritière du fondateur de L'Oréal et troisième fortune de France, qui souffrirait de "démence mixte" et de la maladie d'Alzheimer, va être placée sous tutelle, le plus haut niveau de protection judiciaire.
Les avocats de Liliane Bettencourt ont annoncé à l'AFP qu'ils allaient faire appel de ce jugement. Toutefois, la juge des tutelles de Courbevoie (Hauts-de-Seine) ayant prononcé une exécution provisoire, cet appel ne suspend pas sa mise sous protection judiciaire.
Ce jugement remet en cause le mandat d'administratrice du géant des cosmétiques L'Oréal détenu par Liliane Bettencourt, qui fête cette semaine ses 89 ans. Mais la juge a choisi de confier l'ensemble des prérogatives de la tutelle à des membres de sa famille.
Liliane Bettencourt va être placée sous la tutelle de son petit-fils aîné Jean-Victor Meyers, 25 ans, ses biens et son patrimoine étant placés sous la tutelle de sa fille Françoise et de ses deux-petits fils Jean-Victor et Nicolas, ont indiqué les avocats des parties, à l'issue d'une audience devant la juge des tutelles.
Cette protection judiciaire n'aura pas de conséquence sur la gouvernance et "les équilibres de l'actionnariat" de L'Oréal, ni sur les accords passés en 2004 avec Nestlé, ont affirmé dans un communiqué les trois tuteurs désignés. Contacté par l'AFP, le groupe L'Oréal n'a pas souhaité commenter "à ce stade" le jugement.
Dans une interview au Journal du Dimanche (JDD), Liliane Bettencourt avait brandi la menace de partir "à l'étranger" si la juge décidait de la placer sous l'autorité de sa fille Françoise. "Si c'est cela, je pars à l'étranger. Si ma fille s’occupe de moi, j’étoufferai", avait déclaré la milliardaire.
Interrogé sur un éventuel départ de sa cliente à l'étranger, son avocat, Me Jean-René Farthouat, a répondu que cette question "était sans objet". Le code civil n'empêche pas le déplacement à l'étranger d'une personne mise sous tutelle, mais le tuteur doit donner son aval aux dépenses engagées pour le voyage.
Commentant la mise sous tutelle, Me Farthouat a estimé qu'il s'agissait d'"une décision profondément décevante" qu'il va "devoir annoncer avec difficulté à Mme Bettencourt". "Cette décision comporte des erreurs de droit manifestes et elle est contraire à tout bon sens", a-t-il ajouté.
Peu avant le début de cette audience, un rapport d'expertise médicale de Liliane Bettencourt a été révélé par LeMonde.fr. Selon ce rapport, la milliardaire souffre d'une "démence mixte" et d'"une maladie d'Alzheimer à un stade modérément sévère", avec "un processus dégénératif cérébral lent". Le diagnostic de ce rapport doit être confirmé par des examens complémentaires, selon l'entourage de Liliane Bettencourt.
Rendu fin septembre, ce rapport d'expertise médicale conclut que Liliane Bettencourt, "atteinte de troubles cognitifs évidents avec désorientation temporelle, troubles mnésiques, troubles de raisonnement et éléments aphasiques (...) présente un tableau clinique de démence à un stade modérément sévère", selon LeMonde.fr. Les experts estiment que Liliane Bettencourt "présente une maladie d'Alzheimer à un stade modérément sévère avec une possible participation vasculaire", ajoute le site du quotidien.
Des juges bordelais examineront le 10 novembre une demande d'annulation de cette expertise, déposée par la défense de l'héritière de L'Oréal.
Au vu de ce rapport médical, le parquet de Bordeaux avait ouvert une information judiciaire pour abus de faiblesse sur la période 2006/septembre 2011, qui a notamment conduit jeudi à une perquisition au cabinet parisien de Me Pascal Wilhelm, ex-avocat de Liliane Bettencourt dont le mandat de protection a été révoqué.
Source : AFP



